vendredi 19 août 2011

Une bonne idée - Extrait

Cette nouvelle a été publiée également dans Solaris 179 (Été 2011), en même temps que Ni hier. Ni aujourd'hui. Elle est d'une ton vraiment différent. Autant Ni hier. Ni aujourd'hui. me semble reposer sur son ambiance feutrée et poétique, autant Une bonne idée est... comment dire... beaucoup plus ironique...



Une bonne idée
Par Pascale Raud

À mes chers complices :
amis fidèles, lecteurs exigeants, critiques impitoyables.

     Elliot ne s'était jamais vraiment posé de questions. Sur quoi que ce soit. Fils cadet, il était né et avait grandi dans une famille plutôt ordinaire de banlieue aisée. Une famille sans tache, qui respectait sans faillir la  norme imposée. Son père avait été un honnête pharmacien, et sa mère une dévouée mère au foyer. Adolescent, il avait choisi de devenir ingénieux, car c'était une carrière honorable, qui lui fournirait à la fois des revenus confortables et un statut plus que respectable. Il y était arrivé dans trop de difficulté, mais sans trop d'éclat non plus, afin de ne pas se démarquer des autres. Il détestait attirer l'attention.
      Elliot n'avait pas non plus un physique exceptionnel : taille moyenne, carrure d'homme qui ne fait ni excès ni exercice ; pas laid, un visage aux traits réguliers, mais un singulier manque d'énergie dans le menton. De caractère doux - certains auraient dit « mou » -, il était le collègue idéal, aqcuiesçant avec un sourire poli aux commentaires ou jugements que vous portiez devant lui, évitant habilement d'émettre une opinion personnelle. S'il était vraiment acculé à l'obligation de donner un avis, il répondait systématiquement sur le ton de la modestie la plus obséquieuse possible : « Oh, vous savez, moi, je ne connais rien là-dedans. Je ne peux pas vous dire. »
      Elliot était un parfait modèle de correction incolore.


© 2011, Pascale Raud

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